J'emmerde l'extrême droite!


"Français, Tahitien, Brésilien?"
acrylique sur toile
100X90



Il y a peu durant un apéro', je retrouvais une copine que je n'avais pas vu depuis longtemps. En discutant des dernières "news" on en arrivait à la peinture. Un lapsus se glissait dans la conversation:

"Vaianu tu es un art triste!"

Je n'aime pas prêter trop d'attention aux lapsus, mais celui-ci en disait long sur ce que je proposais et l'interprétation qu'on pouvait en tirer.
Je flirte avec la nostalgie, la colère, la frustration, je me bâtie un mur de solitude qui s'écroulera un jour.
J'ai toujours été trop pâle pour être considéré par mes compatriotes comme Polynésien à part entière. J'ai toujours été trop pâle pour ne pas me demander très jeune ce que j'étais et où je devais me placer. J'ai souvent eu droit à des "farani taioro!" (Français qui pue), ou "blanc-blanc" (expression qui peut être affective ou péjorative). J'ai toujours eu droit à une certaine forme de rejet de la part de ceux vers qui je me rapprochais, je devais être masochiste.
"si je dois souffrir pour être avec vous, alors frappez moi s'il-vous-plaît" 



Tout petit, la couleur de ma peau rendait l'interaction avec mon entourage ambiguë. J'étais le bébé blanc de la famille, ce qui me rendait très aimé de mes tantes, oncles et grand- parents mais cette apparence  me rendait très impopulaire auprès de certains de mes cousins et surtout de mon frère qui ne comprenait pas plus que moi ce favoritisme discriminatoire.

On prenait "rendez-vous" avec moi à la fin des cours pour qu'on m'explique poings serrés que ma couleur était une tare. Certains devenaient mes meilleurs amis en apprenant simplement que mon père était le prof' de langue Tahitienne du collège. Certains se contentaient de mon patronyme (pourtant anglo-saxon!) pour me voir comme légitimement Tahitien... D'autres allaient jusqu'au bout et ce n'est qu'une fois le sang versé que nous pouvions devenir "frères". Tout ça était absurde mais malgré moi je le comprenais.

C'est avec mes amis "metros" que je n'eus droit à rien d'autre que de l'amitié, de la considération pour ma personnalité, mes doutes et mes conneries d'ado'. C'est mécaniquement que je me vois Polynésien, ici en France, et que personne ne peut me faire douter de cette conviction.

C'est en Angleterre que je rencontrais ma femme Brésilienne qui ressemble à une japonaise métissée... Elle m'attirait parce que je n'arrivais pas à lui imposer un profile.
Cinq ans ont passé, nous sommes mariés et elle m'annonce il y a quelques semaines que j'allais être ce que je redoutais le plus, je vais être père!

Je balise, j'en fais des cauchemars, je doute encore plus que jamais. Je suis égoïste, égocentrique, paranoïaque, lunatique, procrastinateur, indécis, lâche, inconstant, idéaliste, violent, sujet aux addictions, provocateur, j'en passe et je vais être père?!





Que vais-je proposer à ce gamin? Mes doutes? Mes convictions fragiles?

Le plus dur est certainement de me dire que ma femme ne serait plus la seule victime de mes humeurs. Elle me pardonne tout, parce qu'elle me connaît. Elle me pardonne tout, parce qu'elle m'aime.  L'une des choses que je ne comprends pas c'est d'où trouve-t-elle le courage de me laisser être père?

Au début de notre relation je pensais que c'est moi qui la protégeais. Je croyais être capable de lui proposer une belle vie, un avenir. Je pensais en bon mâle dominant.

Je comprends aujourd'hui que c'est elle qui me protège. Elle m'offre la seule chose que je ne peux pas mal faire, que je ne dois pas mal faire, que je ne pourrais pas remettre "à demain", elle m'offre une vie.

Je voudrais terminer sur des excuses que je dois à tout le monde, à mes amis que je délaisse, aux gens à qui je ne laisse aucune chance d'être plus que des connaissances. À ma famille que j'ai quitté et qui me manque et à ceux avec qui j'aurais voulu partager tellement plus...




Partager

5 commentaires:

Phil Meyer a dit…

OUAOH!

Après la lecture de ton article, c'est ce qui me vient en tête. Je n'ai rien à dire, rien à offrir pour t'aider dans tes doutes, à part peut être ceci: douter comme tu le fais maintenant sur tes capacités à être père est le premier pas et fais lire à ton gosse ce texte quand "il sera grand". Peut importe ce qu'il se sera passé, mais il te comprendra.

Ah et dernière chose, tes qualificatifs ... et bien, nous autres artistes le sommes tous.

"[...] égoïste, égocentrique, paranoïaque, lunatique, procrastinateur, indécis, lâche, inconstant, idéaliste, violent, sujet aux addictions, provocateur [...]"

Sinon pourquoi vouloir attirer le regard des autres sur nos créations, comment expulser cette violence sans brutaliser les autres. Nous sommes là pour interpeller, pour provoquer, pour idéaliser, pour faire réfléchir, jouir, haïr, les autres. Mais nous sommes surtout là pour nous.

Et rappelle toi, un jour : "Respire ... respire ... respire AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEe ma main, bordel! OK Pardo .... Respire ... respire ... "

Gwenn a dit…

Il y a eu une enquête sur les médecins et sur leur capacité. On a demandé au docteurs combien ils étaient compétents puis on a demandé au patients de ces médecins pareil.

Les docteurs qui se croyaient supers se retrouvaient décrits comme "médiocres" par leur patients. Ceux qui se doutaient de leur compétence étaient décrits comme "merveilleux" par leur patients!

C'est pour dire qu'avoir des doutes c'est souvent signe qu'on fait de grands efforts et qu'on réussira!

Vaianu H. a dit…

Phil,

merci de ces mots, je n'oublierai pas le gant en cotte de mailles pour moi... ou pour ma femme... pour être sûr je vais en prendre une paire!

Plus j'écris et moins je peins, moins je peins mais plus j'écris il va falloir trouver un équilibre parce que ces derniers temps à part stresser et glander je n'interpelle pas grand monde...
Je suis sûr que nous avons pas mal de choses à échanger et j'ai hâte de pouvoir refaire le monde en juin autour d'un bon kawa. Ceci dit, je crois qu'une dégustation de bonnes bières belges passera tout aussi bien :)

"En juin mieux qu'un joint, une mousse!"

À bientôt ami apprenti du 2ème art

Vaianu H. a dit…

Gwenn,

je suis très agréablement surpris de votre passage sur mon humble blog. Je vous lis à chaque nouvel article et je dois avouer que j'ai eu un petit sursaut d'étonnement.

C'est quand on croit tout maîtriser qu'on ne fait plus attention à ce qui nous entoure.
Pour preuve il y a une semaine, je croyais maîtriser mon scooter comme un chef, c'était sans compter la voiture devant moi qui fît demi-tour sans m'avoir vu. Le "BAM!" qui suivait m'a vite fait comprendre que j'étais trop sûr de moi... (en même temps l'autre conducteur l'était tout autant ou du moins distrait)
Il n'y a pas grand chose à voir avec le "doute" me diriez vous, et encore moins avec le doute d'être à la hauteur, mais je ne sais pas pourquoi cet événement m'est venu à l'esprit en vous lisant. Je crois que ce sont les termes "médecin" et "patient" qui me le suggéraient.

Merci beaucoup tout est relativisé désormais :)

PS: j'ai hâte d'en apprendre et d'en voir plus sur votre série "crime contre la nature", j'aime beaucoup le fait que vous pointiez les exceptions qui ne confirment nullement la (les) règle(s). C'est ça être subversif!

Anonyme a dit…

J'accepte tes excuses Vai ;)
Tu seras un très bon père, crois moi. Parce que tu sais que tu n'es pas parfait et c'est justement ça ta force.
'Toujours être animé par le doute', on m'a donné ce conseil il y a maintenant plusieurs années. C'est un très beau cadeau qu'on m'a fait là. Suis ton instinct Vai' c'est tt ce dont tu dois être sûr... Trust me !
Sherborne, le début d'une très belle hisoire...

Enregistrer un commentaire