Série et abstraction

Tanë
acrylique sur toile
100X80


Je souhaite travailler en série et donner plus de portée à mes travaux. Peindre en série c'est donner plusieurs variations d'un même thème et permettre à celui qui regarde de se construire un point de vue critique au fil des épisodes subjectifs que propose l'artiste (c'est pompeux comme tournure, je vous l'accorde, et je ne suis d'ailleurs pas convaincu que tout ça ait du sens quoi que...).
Peindre en série, c'est un peu construire en méandres visuels.
Le lit d'un fleuve ou d'une rivière a un aspect sinueux, ses méandres peuvent être complexes et peuvent parfois prendre une allure fantaisiste mais on sait que sa course se terminera à l'océan.
Évoluer dans un thème qu'on se fixe n'est pas évident. Il faut user de l'espace et de la liberté qu'on se donne sans décrocher du relief imposé. Dans l'idéal c'est d'arriver où l'on veut par des détournements d'influences, de matériaux, et pouvoir proposer une approche originale quelque soit le thème fixé.

Récemment, je répondais à un commentaire où j'expliquais que je trouvais l'ensemble de mes travaux un peu décousu et que cette évidence m'empêchait de considérer sans faille mes ambitions.

Je travaille en ce moment sur le tatouage polynésien. Le tatouage est un art à part entière et se décline en genres. Le genre Polynésien est sans équivoque, et de par mes origines, celui que je préfère. Je sais ,en un clin d'oeil, reconnaître un tatouage exécuté par un tatoueur Polynésien d'un tatouage fait par un non-Polynésien.
Vivre en Polynésie c'est manger du tatouage. Il est partout, ce qui peut s'expliquer par la portée identitaire, originale, culturelle, et revendicatif que peut prendre cette écriture aujourd'hui. On se familiarise malgré nous, de courbes "justes" ou d'un esthétisme qui se "rapprocherait" du tatau mais qui n'en est pas vraiment.

Je voudrais faire d'une pierre deux coups, répondre à un ami "blogger" et lui proposer "un" point de vue sur l'abstraction.

Je crois que l'abstraction peut être de différente nature. Elle peut être personnelle; l'artiste se fixe son langage abstrait et compose autour du code qu'il "ressent" et qu'il partage comme tel. Je suis d'ailleurs très conscient que c'est un langage (parce que cela reste de la communication) qui se créer sur l'instant. Malgré tout ,l'artiste aussi spontané qu'il puisse être refera appelle au code "dans l'instant" qu'il a déjà utilisé. Je crois que l'abstraction tient autant de l'acquis que de la spontanéité.

L'abstraction peut également être culturelle ET communautaire (antérieure aux premiers artistes "abstraits" Européens). Les formes que peuvent prendre certains concepts (virilité, fertilité, abondance etc...) tiennent d'une forme d'abstraction qui a été enseigné ET approuvé par un groupe. Cette abstraction au départ individuelle (le tatoueur qui a créé le symbole) se retrouve être le référant d'une communauté pour exprimer la virilité, l'abondance ou encore la fertilité.

Parce que tout ça commence à être compliqué je vais m'arrêter là avant de m'attirer les foudres des experts...

Cependant, je terminerai et insisterai sur le non académisme de mes propos. Tout vrai artiste refuse l'établi et envisage de nouveaux degrés de représentations qui n'ont que le mérite d'être exposé POUR exister...

PS: Tanë (la première vignette) est au départ de tout ce questionnement alambiqué.
PS2: essayer de construire un discours original, ne nous évite pas l'erreur d'interprétation... toute remarque sera bienvenue.

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3 commentaires:

Phil Meyer a dit…

Ouah, je viens juste de voir les liens en direction de mon chez moi! Merci beaucoup.

Mes nuits étant courtes dernièrement, je vais devoir dormir un peu plus longtemps que prévu sur ta réflexion.

Quant au travail en série, je suis bien d'accord avec toi, c'est d'une importance capitale: pour la réflexion que cela apporte, l'évolution de l'artiste et le méandre visuel.

Bon courage pour tes prochaines oeuvres.

Claire*R. a dit…

Ce n'est pas facile de discuter sur un sujet comme celui-ci, l'abstrait est tellement relatif à chacun mais tu as réussi à bien t'en tirer! Pour moi l'abstrait c'est quelque chose que je ne peux pas décrire avec des mots mais que je peux ressentir.
Je suis d'accord aussi avec toi en ce qui concerne les séries. J'en ai fait plusieurs dans ma carrière d'artiste et je me suis toujours demandé si je ne m'éparpillais pas trop. Avec le recul, je me rend compte que ça m'a permis de faire évoluer mon oeuvre et de ne pas piétiner sur place.
J'aime beaucoup ton deuxième tableau en passant!
Bonne continuation!

Phil Meyer a dit…

Cinq jours que ton article me trotte en tête, avec l'ouverture qu'il apporte ... Je n'ai tout simplement pas considéré les autres formes d'arts, les Non-européennes du 20e siècle (entendez par là, antérieur au 20e et/ou d'une autre culture). Merci pour cela.

En suivant, petite note humoristique, je ne suis pas d'accord avec toi: si je refuse l'établi ... sur quoi puis-je travailler?
Mon établi EST mon outil de prédilection (pour tes lecteurs, je suis sculpteur sur bois, entre autre).

Je voudrai ouvrir sur une question toute simple. L'abstrait est un style spontané (enfin, ma manière de le comprendre est ainsi) et donc l'artiste ne réfléchit pas, il ressent et agis avant d'y penser (si d'autre arrive à créer sans cette spontanéité, j'aimerai beaucoup échanger avec eux, pour comprendre et avancer un peu).
Cependant l'abstrait demande une intellectualisation de l'œuvre. Etre devant une œuvre abstraite demande un effort de réflexion du Regardant. Pour l’artiste aussi, s’il veut avancer et comprendre son art, il se doit de réfléchir et d’essayer de comprendre (et non simplement ressentir).
Pour ne pas m'éloigner du sujet, ma question est la suivante: comment intellectualiser un processus de création qui nécessite une spontanéité, un langage de l'instant?
Car qui dit intellectualisation, dit une perte du « ça » et un gain du « moi » (j’en réfère à ce bon vieux Freud, et à mes souvenirs de psychologie … qui sont lointain maintenant. N’hésitez pas à me corriger si je suis dans l’erreur).

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